En juillet 2026, Nos eaux vitales a organisé un atelier sur la gouvernance des bassins versants à l’Université de Waterloo, qui a réuni des responsables de bassins versants, des détenteurs de savoirs issus des Premières Nations, des Métis et des Inuits, des chercheurs, des décideurs politiques, des technologues et des acteurs communautaires venus de tout le Canada. Trente défenseurs de l’eau douce ont participé en ligne ou se sont rendus à l’Université de Waterloo, venant d’aussi loin que la Colombie-Britannique à l’ouest, la Nouvelle-Écosse à l’est et les territoires du Traité n° 8 en Alberta au nord. L’objectif était de contribuer de manière collaborative à la modernisation du système de mesure partagé (SMP) du réseau « Nos eaux vitales ».
Le SMP est le seul cadre national de référence au Canada conçu pour suivre les progrès collectifs en matière de gouvernance des bassins versants et de gestion responsable de l’eau douce. Pendant deux jours, le groupe a examiné comment une approche renouvelée de la gestion des eaux douces (SMS) pouvait mieux intégrer les visions du monde autochtones, préserver la souveraineté des peuples autochtones en matière de données et établir des passerelles entre divers systèmes de connaissances dans le cadre de la conception d’une plateforme visant une gouvernance des eaux douces plus coordonnée et plus responsable. À travers des présentations, des témoignages, des activités de conception collaborative et des dialogues animés, les participants ont partagé des approchesvisant à relier, entrelacer et tisser des liens entre les sciences des bassins versants et ont présenté des exemples d’actions collectives.
Redéfinir notre programme collectif
Dans le cadre de la révision du SMP, les participants ont passé en revue les catégories de gouvernance des bassins versants couvertes par l’ODD 6.5.1 sur la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE).. Au cours des discussions, un consensus s’est dégagé sur la suppression du mot « ressources » afin de mieux refléter la relation réciproque avec l’eau telle qu’elle est perçue dans diverses visions du monde. Le terme « cogestion intégrée des bassins versants » a été proposé à la place. Nous avons également constaté la nécessité de mettre en avant les bassins versants dans le programme collectif et d’utiliser un langage clair concernant la cogestion (voir les directives de Justice Canada sur la consultation et la coopération relatives à la Loi sur la Déclaration des Nations unies).
Un message récurrent a été la nécessité de mieux refléter une relation réciproque avec l’eau. Dans cette optique, l’atelier de l’OLW a élaboré une nouvelle formulation pour les catégories d’indicateurs de gouvernance des bassins versants de l’ODD 6.5.1 (la formulation originale de l’ONU figure entre crochets) :
- Politique et gouvernance de l’eau (Environnement propice)
- Populations et partenariats (Institutions et participation)
- Information, infrastructures et mise en œuvre (Instruments de gestion)
- Investissements (financement)
Synthèse générale
En réfléchissant à la manière d’assurer la sécurité des bassins versants à l’échelle des différentes juridictions et des différents secteurs, nous avons redéfini l’objectif global d’OLW, qui n’est plus « toutes les eaux en bonne santé d’ici 2030 », mais qui vise désormais une gouvernance inclusive des bassins versants et une cogestion intégrée de ceux-ci. Au cours de ces deux journées, les participants ont partagé des bonnes pratiques visant à faire le lien entre la science des bassins versants et divers systèmes de connaissances, ont exploré la manière dont les visions du monde autochtones et les relations durables avec la terre et l’eau devraient façonner la gouvernance, et ont identifié des critères pour des mesures d’impact significatives — notamment la nécessité de mieux saisir les connaissances tacites et les « données chaudes ».
Le deuxième jour, nous avons commencé à explorer les fondements d’un système de mesure et d’aide à la décision de nouvelle génération, axé sur la conservation. Nous avons entendu l’appel en faveur d’un système de gestion de la sécurité des bassins versants (SMS) qui renforce l’action collective en faveur de la sécurité des bassins versants et de la protection des sources d’eau, et qui tienne compte des impacts cumulatifs. Le groupe a exprimé le souhait de disposer d’analyses à l’échelle des bassins versants et d’un moyen de visualiser les impacts des actions locales menées dans ces bassins.
Jour 1 (8 juillet 2026) :
- La professeure Dawn Martin-Hill a présenté, en ligne, le projet « Ohneganos Ohnegahdę:gyo : la co-création d’outils autochtones pour la qualité de l’eau » (CCIWQT). Ces initiatives communautaires de surveillance et de cartographie associent les savoirs autochtones à la science occidentale afin d’améliorer la sécurité de l’eau et de renforcer le respect de la gouvernance locale en matière d’eau.
- Heléna Mauti, coordinatrice de l’engagement au Indigenous Great Lakes Network (IGLN), nous a expliqué comment l’IGLN soutient les Premières Nations et les organisations de la région des Grands Lacs dans leurs priorités en matière de recherche et de surveillance environnementales.
- Avant d’aborder la question de l’état des instruments et outils de gestion destinés à orienter la gestion des bassins versants, nous avons visionné une vidéo sur la protection des sources d’eau et l’outil THREATS (The Healthy River Ecosystem Assessment System), qui permet d’identifier les sources d’eau potable et les risques liés aux activités en amont.
- Sara Curley-Smith a présenté une perspective systémique sur la manière de remédier aux vulnérabilités sanitaires découlant des lacunes réglementaires entre les juridictions fédérales, provinciales et municipales, en soulignant la nécessité de repenser la santé environnementale à travers les visions du monde, les impacts cumulatifs, les droits des peuples autochtones et le droit à un environnement sain. S’appuyant sur le Discours d’action de grâce des Haudenosaunee, le département de l’environnement des Six Nations intègre les savoirs écologiques traditionnels dans les activités de surveillance, de gestion responsable et de prise de décision en matière d’aménagement du territoire menées par la communauté, en considérant la santé humaine comme un état d’équilibre relationnel avec un environnement vivant et en constante évolution.
- Justin Duncan, spécialiste principal des politiques à l’Institut international du développement durable (IIDD), a ensuite présenté l’initiative « Natural Infrastructure for Water Solutions » (NIWS), qui prend en compte les externalités économiques et opère à l’échelle des bassins versants.
- Au cours du déjeuner, nous avons assisté à une présentation virtuelle d’Anita Collins et de l’aînée Priscilla Simard, de Gaagiigidoo Ikwewag (Conseil des femmes du Traité n° 3), qui ont évoqué les efforts déployés pour consigner la relation sacrée avec Nibi (l’eau) et définir les lois traditionnelles relatives à l’eau (Anishinaabe Nibi Inaakonigewin) dans le cadre de la Déclaration de Nibi.
- Dans l’après-midi, Natalija Vojno, responsable de l’engagement du réseau chez Our Living Waters, a présenté une vue d’ensemble du Système de mesure partagé (SMP). Elle a détaillé les lacunes en matière de gouvernance au niveau des systèmes pour la protection de la santé de l’eau douce, par exemple la protection des sources d’eau (SWP), et a exposé une proposition visant à s’aligner sur les cadres mondiaux de reporting en matière de gouvernance des bassins versants, tout en respectant la diversité des systèmes de connaissances et les visions du monde des Premières Nations, des Métis et des Inuits.
Dans la soirée, les participants se sont retrouvés au Proof Kitchen & Lounge pour une réception de réseautage et pour célébrer les lauréats des prix de Ontario Headwaters Institute (OHI). Consultez la couverture médiatique ici.
Jour 2 (9 juillet 2026)
- En ouverture de cette deuxième journée, la professeure Nathalie Gravel, directrice des programmes d’études supérieures en sciences géographiques à l’Université Laval, a évoqué les décennies de recherche consacrées au pouvoir des alliances environnementales en Amérique latine et en Ontario, dont elle a rendu compte dans son ouvrage publié en 2024, «Tending Nature: Fostering Eco-Citizenship in the Americas ».
- Les deux présentations suivantes ont mis en avant des exemples d’actions collectives ainsi que des outils efficaces pour les mener à bien.
- Gabrielle Parent-Doliner, directrice des Water Rangers, a évoqué l’élaboration et la publication prévue en 2025 des «The Watershed Reports », qui s’appuient sur les évaluations de la santé des eaux douces réalisées par le Fonds mondial pour la nature (WWF) afin de coordonner la collaboration de 700 fournisseurs de données dans le but de dresser un tableau à la fois visuellement captivant et scientifiquement fondé de l’état de santé des bassins versants au Canada.
- Rodrigue Souop, Chargé de projets au Collectif Eau Québec – Québec Water Collective chez G3E, a ensuite présenté, par visioconférence, les efforts déployés par son organisation pour faire progresser la science participative de l’eau au Québec, ainsi que les activités mises en œuvre pour favoriser la collaboration entre les associations à but non lucratif, les groupes communautaires, les écoles, les universités, les groupes de recherche, les scientifiques, les organismes gouvernementaux, les entreprises, les collectivités, ainsi que les communautés autochtones et non autochtones, sur diverses questions.
- Les participants ont ensuite pu écouter un panel d’experts s’exprimer sur le rôle de la technologie dans la mise en place d’une gouvernance inclusive des bassins versants. Ce panel était composé de Mark Palmer, ingénieur agréé, président-directeur général de GREENLAND; d’Alex Tveit, cofondateur et PDG de la Sustainable Impact Foundation; et de Chris Colombo, responsable de programme pour le projet Niibi Collective et l’association Keewatinook Fishers of Lake Winnipeg.
- Janice Flynn, coordinatrice de projet au sein du service de gestion des ressources aquatiques et de la pêche de la Confederacy of Mainland Mi’kmaq (CMM), a présenté une approche dite « à deux regards » (Etuaptmumk) appliquée dans le cadre du processus de désignation d’une zone d’importance écologique pour la candidature de la rivière St. Mary’s (Napu’saqnuk) en Nouvelle-Écosse
- Doren Otung, coordinateur chargé du changement climatique et du développement durable au sein de la Première Nation Athabasca Chipewyan (ACFN), a présenté la politique de l’ACFN en matière d’eau pour 2023. qui a été élaboré en s’appuyant sur les lois des Dénés, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et le principe du consentement libre, préalable et éclairé (FPIC), les droits découlant du Traité n° 8 et les protections prévues à l’article 35, les principes de sécurité hydrique sur sept générations, ainsi que sur le rapport décennal de suivi communautaire (CBM) du delta de la Paix-Athabasca et les critères de qualité de l’eau pour l’usage autochtone (WQCIU) de la Confédération des nations de la Première Nation d’Athabasca (ACFN).
- L’équipe de Living Lakes Canada (LLC) – Georgia Peck, responsable du programme sur les lacs (qui s’est jointe à nous en ligne) et Benedict Schriefer, spécialiste des relations gouvernementales et de la communication – a mis en avant plusieurs programmes, notamment le Foreshore Integrated Management Planning (FIMP) et Local Indigenous Knowledge and Values Framework (élaboré en collaboration avec la bande d’Upper Nicola), destinés à soutenir la planification collaborative et la gestion éthique des lacs.
- Au cours du déjeuner, nous avons entendu Denise McKenzie et Veronica Favel, membres des trappeurs N90 de l’Association des trappeurs de la Saskatchewan, du projet de restauration du delta de la rivière Saskatchewan, du mouvement Iskwewak Water et du groupe Iskwewak Indigenous Saskatchewan Women’s Environmental Water Advocacy Keepers.
- L’après-midi du deuxième jour a été consacré à la discussion et à la conception de la plateforme idéale pour suivre la gouvernance des bassins versants au Canada.
Prochaines étapes
Souhaitez-vous en savoir plus sur les présentations et les débats de l’atelier ? Un compte-rendu plus complet des travaux et des présentations de l’atelier sera prochainement publié sur notre page « Publications ».. Ce rapport de synthèse comprend également une description plus détaillée des fonctionnalités d’expérience utilisateur (UX) proposées et des considérations de conception envisagées pour le SMP. En conclusion, le rapport présente les prochaines étapes de NEV et le processus de consultation de la phase II.
En collaboration avec vous, nous espérons repenser le SMS afin d’aider les utilisateurs à tisser des liens entre divers systèmes de connaissances, à identifier les lacunes politiques, à coordonner les actions et à évaluer si les interventions collectives renforcent la sécurité des bassins versants – des bassins versants sains et résilients qui protègent l’intégrité écologique, le bien-être social et la vitalité économique.
Remerciements
Nous tenons à remercier chaque participant et intervenant qui a apporté la diversité de ses expériences, reflétant la diversité des espaces d’eau douce du Canada, tout en partageant une volonté commune de protéger les lacs, les rivières, les eaux souterraines, les zones humides et les estuaires. Cette rencontre a renforcé les liens entre les défenseurs de l’eau d’un océan à l’autre et a donné lieu à de nouvelles collaborations. Se réunir ainsi pour échanger des idées sur la cogouvernance des bassins versants contribue à la résilience des communautés et des écosystèmes face au changement climatique, et cela n’aurait pas été possible sans le généreux soutien de la Fondation RBC et de GREENLAND Consulting Engineers.