Financer la sécurité des bassins versants : passer du financement de projets à l’investissement dans des bassins versants sains

Financer la sécurité des bassins versants : passer du financement de projets à l’investissement dans des bassins versants sains

Les bassins versants sains constituent une infrastructure essentielle. Ils fournissent de l’eau potable, aident les communautés à résister aux inondations et aux sécheresses, préservent la biodiversité et l’agriculture, et sont le fondement de notre bien-être. Pourtant, les organisations qui mènent un travail à long terme de gestion des bassins versants sont souvent confrontées à une réalité de financement à court terme : les subventions accordées sur une base concurrentielle et le financement axé sur des projets rendent difficile la fidélisation du personnel, le maintien des programmes de surveillance, l’établissement de relations et la planification de l’avenir.

Comment la gouvernance des bassins versants au Canada peut-elle passer du financement de projets individuels à l’investissement dans la sécurité à long terme des bassins versants ?

Telle était la question au cœur de « Financer la sécurité des bassins versants : évaluation des mécanismes prometteurs à travers le Canada », un webinaire national bilingue organisé par Nos eaux vitales le 29 juillet 2026. L’événement a réuni des bailleurs de fonds, des responsables de bassins versants et des praticiens de tout le pays afin d’explorer les conclusions d’une nouvelle étude menée par Nos eaux vitales. Le panel a discuté de ce à quoi pourrait ressembler, dans la pratique, un financement durable pour la sécurité des bassins versants.

Favoriser la recherche et la collaboration au sein du réseau

Le webinaire s’est ouvert par une allocution de Julie Wright, directrice de Nos eaux vitales, qui a replacé la discussion dans le cadre plus large des travaux menés par NEV pour renforcer la collaboration et l’action collective au sein du paysage fragmenté de la gouvernance de l’eau au Canada.

Natalija a présenté les conclusions d’une étude menée par NEV pour le compte de l’Alberta Coalition for Watershed Security, sous l’égide de l’Alberta Ecotrust Foundation. Ce projet de recherche a examiné les modèles de financement de la gestion des bassins versants au Canada, en s’appuyant sur une analyse documentaire et 14 entretiens avec des experts. The research identified a fundamental mismatch between the long-term nature of watershed work and the short-term funding structures that often support it. Vous trouverez ci-dessous un résumé des six modèles évalués ainsi que des recommandations.

Lori Rissling Wynn, directrice des subventions et des initiatives à l’Alberta Ecotrust Foundation, a présenté le point de vue d’un bailleur de fonds. Son travail porte principalement sur la résilience climatique, les solutions fondées sur la nature, l’économie circulaire et la sécurité des bassins versants. Elle a expliqué comment l’Alberta Coalition for Watershed Security adopte une approche systémique : cartographier le paysage des investissements dans les bassins versants, établir l’analyse de rentabilité des infrastructures naturelles et élaborer des options pour un fonds durable dédié à la sécurité des bassins versants, adapté au contexte de l’Alberta. L’un des principaux enseignements tirés de l’expérience de l’Alberta est qu’aucun secteur ne peut à lui seul relever le défi du financement des bassins versants. Le gouvernement, les municipalités, les organismes philanthropiques, l’industrie, les investisseurs privés et les nations autochtones ont chacun un rôle distinct à jouer. L’opportunité réside dans la conception d’un système de financement complémentaire où les différentes sources se renforcent mutuellement, plutôt que de créer des flux de financement isolés. Lori a souligné que les nations autochtones sont des titulaires de droits dont les connaissances, les responsabilités en matière de gestion et le leadership sont essentiels à tout modèle durable de sécurité des bassins versants.

La panel a également permis de rassembler les points de vue de la Colombie-Britannique, du Québec, de l’Ontario, de l’Alberta, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard, et comptait parmi ses intervenants :

  • Leanne, Directrice des programmes stratégiques et des partenariats à la Real Estate Foundation of BC (REFBC).
  • Sébastien Cottinet, Directeur des politiques, Regroupement des organismes de bassins versants (ROBVQ)
  • Angela Coleman, Directrice générale de Conservation Ontario
  • Amy Weston, Directrice générale, Nova Scotia Salmon Association (NSSA)
  • Heather Laiskonis, Directrice générale, PEI Watershed Alliance

Synthèse des principaux résultats de la recherche

La recherche de NEV montre que les subventions annuelles et liées à des projets peuvent limiter la capacité des organisations à :

  • conserver du personnel expérimenté tout au long de l’année ;
  • mener des projets de restauration d’envergure et en temps opportun ;
  • assurer la pérennité du suivi, de la collecte de données et de l’analyse ;
  • tisser des liens avec les municipalités, les propriétaires fonciers et les partenaires autochtones,
  • et entreprendre le travail moins visible — mais essentiel — de coordination et de renforcement de la confiance.

Cette étude a examiné divers modèles de financement à travers le Canada, en mettant l’accent sur :

  • les dotations permanentes pour la sécurité des bassins versants / les fonds fiduciaires de conservation, par exemple BC Watershed Security Fund (WSF)
  • les paiements pour les services écosystémiques (PSE) – voir ALUS Canada, Natural Assets Initiative (NAI)
  • les redevances d’utilisation, par exemple les droits d’entrée dans les parcs, les droits de permis, les redevances pour la distribution d’eau, la taxe sur les permis de pêche à la ligne ;
  • l’impôt foncier ou les taxes municipales ;
  • les fonds issus des dommages environnementaux et des amendes ;
  • les obligations à impact environnemental / le financement axé sur les résultats, par exemple Carolinian Canada
  • le financement de projets pour la pérennité (PFP).

À travers ces modèles, plusieurs caractéristiques se sont révélées particulièrement importantes :

    • Des engagements pluriannuels
      • Les subventions à court terme ou annuelles sont source d’instabilité, d’une charge administrative élevée et d’un roulement de personnel. Le financement à court terme a été décrit à maintes reprises comme incompatible avec les réalités des bassins versants, où la restauration, le suivi et la gouvernance s’étendent sur plusieurs décennies.
    • Des sources de revenus dédiées et diversifiées
      • Des approches telles que les mécanismes de financement prévus par la loi, les redevances environnementales et les dotations renforcent la confiance du public, car les contributeurs peuvent voir où vont les fonds et s’assurer qu’ils ne sont pas absorbés par les budgets généraux de l’État ni réaffectés lors de coupes budgétaires.
    • Subsidiarité, transparence et gestion indépendante
    • Investissement dans la collaboration et la cogouvernance
    • Financement des activités organisationnelles de base, et pas seulement des projets

La gouvernance des bassins versants consiste avant tout à rassembler les gens, à tisser des liens et à créer les conditions propices à une gestion responsable à long terme.
Le Fonds pour la sécurité des bassins versants de la Colombie-Britannique est cogéré par un comité exécutif conjoint composé du Caucus des Premières Nations sur l’eau (FNWC), du Conseil des Premières Nations sur la pêche de Colombie-Britannique (FNFC) et de la Fondation immobilière de Colombie-Britannique (REFBC), qui agissent comme un conseil d’administration supervisant les décisions relatives à la gestion, aux priorités et à l’allocation des ressources du fonds. Cette cogestion s’étend à des groupes de travail qui comprennent également des experts externes spécialisés dans ces domaines. L’Alliance des bassins versants de l’Île-du-Prince-Édouard coordonne le financement et le soutien technique au sein de 25 groupes de bassins versants. Cela comprend des formations à ArcGIS et des techniques d’élagage à la tronçonneuse en cours d’eau, ainsi que des accords de partage de données permettant aux groupes de bassins versants d’accéder aux capacités de surveillance provinciales, sous réserve de certaines restrictions.

Reconnaissance des droits et de la compétence des peuples autochtones

Un financement suffisant pour l’organisation de réunions, l’animation et la promotion de la collaboration est essentiel pour établir des relations avec les communautés des Premières Nations, des Métis et des Inuits, garantir la participation et la confiance du public, et favoriser la collaboration municipale. Par exemple, la planification de la protection des sources d’eau en Ontario a nécessité l’établissement de relations avec les municipalités et les agriculteurs, et ne s’est pas limitée à des études techniques. Au Manitoba, la Loi sur les districts de conservation (années 1970), désormais remplacée par la Loi sur les districts de bassins versants (2020), a toujours existé dans le cadre législatif. Lorsque la loi a été modifiée pour redéfinir les limites des districts, la province du Manitoba a autorisé la mise en place de partenariats formels avec les communautés autochtones.

Débat national sur le financement de la sécurité des bassins versants

La table ronde a révélé une convergence de vues entre les régions. Les intervenants ont appelé à plusieurs reprises à passer d’un financement par projet à des investissements organisationnels et opérationnels à long terme, accompagnés de ressources dédiées au renforcement des capacités. Une demande claire s’est fait entendre en faveur d’une augmentation du financement annuel consacré à la gouvernance et à la gestion des bassins versants dans leur ensemble. La discussion a également souligné l’intérêt de fonds diversifiés capables de résister aux cycles politiques, d’une administration indépendante et de structures de cogouvernance permettant aux nations et communautés autochtones de définir les priorités et de prendre les décisions.

En se projetant cinq ans dans l’avenir, les intervenants ont imaginé un Canada où la prise de décision à l’échelle des bassins versants serait mieux alignée sur les réalités écologiques ; où des fonds diversifiés et adaptés à chaque région seraient créés et renforcés ; où la sécurité des bassins versants serait considérée comme une infrastructure publique essentielle ; et où le public reconnaîtrait le lien entre des bassins versants sains, des communautés résilientes et le bien-être économique. Lori a résumé ce changement en quelques mots : la sécurité des bassins versants ne doit pas être traitée comme un projet, mais comme une infrastructure publique essentielle.

Le message issu du webinaire était clair : le Canada dispose déjà de modèles prometteurs, d’organisations expérimentées et d’une sensibilisation croissante du public. La prochaine étape consiste à relier ces éléments entre eux grâce à des systèmes de financement à long terme, diversifiés, collaboratifs, ancrés localement et cogérés.

Investir dans la sécurité des bassins versants, c’est investir non seulement dans des projets de restauration, mais aussi dans les personnes, les relations, les connaissances, la cogouvernance et les infrastructures naturelles qui rendront possible la santé des bassins versants pour les générations à venir.
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Une fois publié, le rapport final sera disponible sur notre page « Publications ».

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