Etuaptmumk ou Nisi ‘Sotasu (l’approche à deux regards) renforce la collaboration chez l’Atlantic First Nations Water Authority

« Sans une collaboration très intentionnelle, l’Atlantic First Nations Water Authority ne serait pas là où elle en est aujourd’hui et ne pourrait pas continuer d’avancer. » – James MacKinnon, directeur de la mobilisation et des relations gouvernementales (**sauf indication contraire, tous les liens dans ce récit inspirant renvoient vers du contenu en anglais**)

Etuaptmumk (mi’kmaq) / Nisi ‘Sotasu (wolastoqey), ou l’approche à deux regards, reconnaît que « différentes façons de connaître et différentes valeurs peuvent être réunies pour trouver des solutions aux problèmes » (*Fuller et al. 2024). Dans le cas de l’Atlantic First Nations Water Authority (AFNWA), cette pratique implique une collaboration constante pour honorer les savoirs et les cultures des Premières Nations tout en mettant en œuvre des pratiques de génie occidental de pointe.

L’AFNWA est la première régie de services au Canada en matière d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées opérée et dirigée par des Premières Nations. Elle est gouvernée par un conseil de chefs et guidée par un Conseil consultatif des Aîné·e·s. Incorporée comme organisation à but non lucratif en 2018, elle est devenue opérationnelle en 2022. Voici l’histoire de la façon dont des groupes divers, jouant chacun un rôle distinct, ont contribué à la croissance de l’AFNWA et continuent de façonner sa voie vers l’autodétermination des Premières Nations en matière de services en eau et assainissement.

*Apprenez-en davantage sur l’approche à deux regards de l’AFNWA dans cet article de Facets (en anglais) :

Le Secrétariat du Congrès des chefs des Premières Nations de l’Atlantique

Le Secrétariat du Congrès des chefs des Premières Nations de l’Atlantique (CCPNA), un organisme chargé de l’élaboration des politiques et de la défense des intérêts des Premières Nations du Canada atlantique, a joué un rôle clé dans la création de l’AFNWA. Les chefs du CCPNA ont fait appel à l’Université Dalhousie pour comprendre l’importance des normes réglementaires en matière d’eau potable des Premières Nations, à la suite d’un rapport du vérificateur général (en français) publié en 2005 révélant que la qualité de l’eau potable des Premières Nations accusait un retard par rapport aux municipalités canadiennes, et d’un rapport publié en 2006 par le Groupe d’experts sur la salubrité de l’eau potable dans les collectivités des Premières Nations (en français). Ces recherches ont ensuite donné lieu à des discussions sur les règlements exécutoires, les économies d’échelle, et le transfert de la responsabilité des services en eau et assainissement à un organisme technique dirigé par les Premières Nations, afin de décharger les communautés de cette responsabilité et dans le but ultime de tracer la voie vers l’autodétermination des Premières Nations. De plus, en 2017, le CCPNA a organisé un cercle de dialogue avec des Aîné·e·s, des gardien·ne·s du savoir et des membres des communautés afin d’ancrer la structure de la régie dans les valeurs, la culture et les connaisances des Premières Nations. Cette initiative, ainsi que d’autres activités d’évaluation de la faisabilité, ont abouti à l’élaboration d’une analyse de rentabilité en 2019.

Le Conseil consultatif des Aîné·e·s

Le Conseil consultatif des Aîné·e·s (CCA) est un comité composé d’Aîné·e·s mi’kmaq et wolastoqey, sélectionné par le conseil d’administration de l’AFNWA pour garantir que les opérations s’enracinent dans la culture et les savoirs traditionnels des Premières Nations. Ce Conseil est né du cercle de dialogue de 2017, où les échanges ont mis en évidence la nécessité d’intégrer les priorités culturelles dans la prise de décision. La supervision du CCA contribue à rebâtir la confiance avec les communautés des Premières Nations — une étape essentielle après des décennies de méfiance envers la salubrité de l’eau potable. Le Conseil joue également un rôle consultatif en matière de l’approche à deux regards (Etuaptmumk / Nisi ‘Sotasu), en accueillant les approches scientifiques occidentales sous la guidance des Sept enseignements ancestraux, qui représentent les valeurs institutionelles de l’AFNWA.

Sept enseignements ancestraux : valeurs institutionnelles de l’AFNWA

        • Amour (Kitpu/Cihpolakon — Aigle)
        • Honnêteté (Putup/Putep — Baleine)
        • Humilité (Paqtism/Malsom — Loup)
        • Respect (Tiam/Mus — Orignal)
        • Vérité (Mikjikj/Cihkonaqc — Tortue)
        • Courage (Muin/Muwin — Ours)
        • Sagesse (Kopit/Qapit — Castor)

Les Premières Nations

Treize Premières Nations de Mi’kma’ki et Wolastoqey participent actuellement à l’AFNWA par l’entremise d’un modèle décentralisé de services complets, structuré en réseau de satellites locaux connectées à des plaques tournantes régionales d’expertise centralisée. Les Premières Nations contribuent à un fonds commun et en bénéficient, selon un modèle de financement partagé. Les investissements et la modernisation des systèmes sont guidés par des plans de gestion des actifs élaborés par l’AFNWA. Les employé·e·s membres des Premières Nations, comme tous et toutes les employé·e·s de l’AFNWA, bénéficient de formations et d’opportunités de carrière dans le domaine des services en eau et assainissement afin de développer leurs compétences et de mieux servir leurs communautés. Il est important de noter que, dans toutes ces relations, l’AFNWA demeure redevable aux Premières Nations qu’elle a été conçue pour servir.

L’Université Dalhousie

Le Centre for Water Resources Studies (CWRS) de l’Université Dalhousie fournit un soutien et une expertise technique depuis les débuts de l’AFNWA, notamment dans l’élaboration des premières normes de conformité de la qualité de l’eau pour un système d’approvisionnement en eau des Premières Nations au Canada. L’Université Dalhousie continue de collaborer avec l’AFNWA dans le cadre de programmes de formation (par exemple un cours destiné aux ingénieur·e·s, développé en concertation avec le CCA, sur la vision du monde Wabanaki), de recherches et d’activités de mobilisation communautaire.

Le secteur privé et les municipalités

L’AFNWA fait appel à des entrepreneur·e·s et consultant·e·s et leur fournit des orientations selon l’approche Etuaptmumk / Nisi’ Sotasu. Plusieurs de ces professionnel·le·s du secteur privé entretiennent des liens solides avec les Premières Nations de la région. Qu’ils ou elles soient salarié·e·s ou sous contrat, toutes les personnes employées doivent respecter un code de conduite et ont accès à un mécanisme de résolution des différends développé par le CCA. Par ailleurs, trois Premières Nations membres de l’AFNWA ont conclu des accords de service avec des municipalités voisines. L’AFNWA travaille actuellement à transférer ces ententes sous sa gouvernance.

Le gouvernement fédéral

Depuis le départ, le gouvernement fédéral a participé à la création de l’AFNWA, ce qui a mené à la signature d’un cadre en 2020 pour transférer la responsabilité et assurer un financement durable. Le modèle fiscal de l’AFNWA, qui consiste à renégocier 10 ans de financement fédéral tous les cinq ans, se renforce à mesure que l’organisation grandit, augmentant ainsi son pouvoir de négociation et la stabilité à long terme pour les Nations.

Le contexte national

L’AFNWA est souvent sollicitée par d’autres groupes souhaitant reproduire son modèle. Bien que les défis géographiques varient et puissent être importants dans les régions nordiques isolées, le modèle est adaptable à une grande variété de contextes. L’élément le plus crucial pour assurer le succès est que toute initiative semblable soit entièrement dirigée par les Premières Nations. Des relations solides et une communications ouverte entre les partenaires potentiels sont essentielles à la réussite. Le lancement de l’AFNWA a nécessité des années de dialogue intersectoriel, ancré dans le leadership des Premières Nations, et des efforts semblables seraient indispensables pour établir un modèle comparable ailleurs.

À l’échelle nationale, il y a une pression continue pour garantir des normes d’eau potable exécutoires dans les communautés des Premières Nations, notamment par la reconduction du projet de loi C-61 (en français) et en s’assurant que les engagements financiers correspondent réellement aux engagements réglementaires. En l’absence de législation, l’AFNWA a créé son propre recueil réglementaire, en s’inspirant des meilleures normes mondiales et canadiennes sur les sources d’eau, l’eau potable et les eaux usées. Si le projet de loi C-61 est adopté, ce recueil pourrait devenir la norme légale pour l’AFNWA, puisque la loi proposée permettrait aux Premières Nations d’établir leurs propres règlements.

Un grand merci à James MacKinnon, directeur de la mobilisation et des relations gouvernementales de l’AFNWA, et à Megan Fuller, directrice de la recherche pour l’AFNWA au CWRS de l’Université Dalhousie, pour leur précieuse contribution à ce récit inspirant. Pour en savoir plus sur l’évolution de l’AFNWA, écrivez à communications@afnwa.ca, ou visitez le site web à afnwa.ca.

À propos de Rebekah Kipp

Responsable des communications pour le réseau Nos eaux vitales : mère, championne de l’eau douce, amatrice des balades à la plage et adepte de l’origami

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