Des modifications proposées à l’Alberta Water Act catalysent une mobilisation populaire pour protéger un avenir sain en matière d’eau dans la province et au-delà

**Sauf indication contraire, tous les liens dans ce récit inspirant renvoient vers du contenu en anglais.** Ma collègue Natalja Vojno et moi avons eu le plaisir d’interviewer Kennedy Halvorson, spécialiste de la conservation à l’Alberta Wilderness Association (AWA), et Colin Smith, coordonnateur communautaire au Land Lovers Network, pour cette histoire. Kennedy a commencé à animer les rencontres de partage de connaissances du Groupe de travail sur l’eau de l’Alberta Environmental Network (AEN) lorsqu’elle a pris en charge le dossier de l’eau à l’AWA en 2023. En s’appuyant sur l’expertise juridique et politique du groupe, elle travaille à mettre en lumière les enjeux clés liés à l’eau par le biais des campagnes de l’AWA. Colin s’est joint au groupe à la fin de 2024 et a pris l’initiative de mettre en place des rencontres de stratégie et d’action au début de 2025. Ayant d’abord développé un intérêt pour la santé des sols, il comprend que la santé des terres et des bassins versants est interconnectée.

Lorsqu’on leur a demandé de décrire leur parcours, Kennedy et Colin ont tous deux insisté humblement sur le fait de ne pas se considérer comme des expert·e·s en eau. Les deux voient leur rôle comme celui de travailler aux côtés des générations de leaders de l’eau en Alberta afin de mobiliser une action positive.

Woman tabling at a booth for World Water Day in Alberta | Une femme travaillant à un kiosque lors de la Journée mondiale de l'eau en Alberta

Kennedy Halvorson en train de travailler à un kiosque pour l’Alberta Wilderness Association lors de la Journée mondiale de l’eau au Southern Alberta Institute of Technology en 2025. Crédit photo l’Alberta Wilderness Association.

Man sitting on a bicycle at a climate rally, next to some posters | Homme assis sur un vélo lors d'un rassemblement pour le climat, à côté de quelques affiches

Colin Smith au rassemblement Seniors for Climate Action le 4 octobre 2024. Crédit photo Albert Woo.

Évolution du Groupe de travail sur l’eau de l’Alberta Environmental Network

Comme beaucoup de réseaux environnementaux au Canada, l’Alberta Environmental Network (AEN) permet à ses membres de former des caucus et des groupes de travail afin de « partager des ressources et de travailler ensemble sur leurs priorités communes ». Bien que l’AEN existe depuis le début des années 1980, son Groupe de travail sur l’eau a été lancé au cours de la décennie suivante, réunissant des leaders engagé·e·s et possédant une compréhension approfondie des enjeux hydriques en Alberta pour partager ressources et savoirs. Le groupe accueille des universitaires, des conseiller·ère·s juridiques, des acteurs du secteur à but non lucratif, des allié·e·s autochtones et d’autres expert·e·s pour des discussions de fond sur l’eau. Depuis 2021, l’AWA préside les rencontres mensuelles de partage de connaissances, rôle pour lequel elle est particulièrement bien placée. Forte d’une histoire remontant à 1965, l’organisation à but non lucratif conserve une archive de plusieurs décennies documentant des enjeux liés aux bassins versants qui demeurent pertinents aujourd’hui (comme, par exemple, l’évolution des populations de poissons indigènes au fils du temps).

Plus tôt cette année, certain·e·s membres du groupe ont élargi leur engagement en organisant des rencontres de stratégie et d’action. L’élan pour cette action collective s’intensifie, en raison de plusieurs facteurs convergents, dont :

À court terme, les participant·e·s aux rencontres de stratégie et d’action du Groupe de travail sur l’eau de l’AEN souhaitent relier les divers groupes travaillant sur des enjeux parallèles liés à l’eau en Alberta. En resserrant ces liens, la mobilisation peut s’amplifier et permettre de mettre au premier plan, dans l’opinion publique, une compréhension solide de la santé des bassins versants.

Connexion aux bassins versants

« Personne ne dira qu’elle trouve acceptable que les rivières soient polluées. » – Kennedy

« C’est revenir aux principes de base : l’eau, c’est la vie. » – Colin

« L’eau rassemble les gens. » – Kennedy

« Si vous pouvez gagner ici, vous pouvez gagner partout. » – Colin

Les agent·e·s de changement en Alberta voient un chemin à suivre, car l’eau aide les gens à trouver un terrain d’entente. De plus, la résistance publique dans la province peut soutenir fortement la conservation lorsque les liens des populations avec leurs bassins versants locaux sont véritablement menacés. Bref, les gens en Alberta ressentent une forte appartenance au paysage de la province.

Par exemple, un mouvement populaire s’opposant à l’exploitation minière à ciel ouvert dans la région de Crowsnest Pass s’est rassemblé autour de l’enjeu de l’eau au début des années 2020. Des gens du milieu de l’élevage, des groupes autochtones, des environnementalistes, des artistes et des leaders locaux ont formé une coalition qui a aidé à dépolitiser le dialogue et à briser les cloisonnements. En 2020, la population s’est également fortement opposée au retrait de 175 parcs du réseau de parcs provinciaux. Ces deux mouvements soulignent l’importance du lien qui unit les gens au territoire, tout en s’appuyant mutuellement, en coordonnant leurs actions de manière inclusive, en décentralisant le leadership et en acceptant une certaine divergence de vues.

Vision à long terme

L’espoir de Kennedy pour le Groupe de travail sur l’eau de l’AEN est que son puits de savoir intergénérationnel contribue à former un véritable public « sage en matière d’eau » (par exemple, qui sache que seulement 2 % de l’eau douce du Canada se trouve en Alberta). À long terme, elle souhaite que les futures décisions reposent sur les limites écologiques, en travaillant avec les bassins versants plutôt que contre eux. Concrètement, cela signifie : répondre aux besoins écologiques minimaux de débit des rivières; réintroduire les castors pour favoriser la rétention de l’eau; et protéger les sources des bassins versants et les complexes de milieux humides dans la région des fondrières des Prairies (en français) pour leurs services écosystémiques.

Pour sa part, Colin aimerait voir évoluer des changements collectifs de conscience issus du travail sur le biorégionalisme (en français), en reliant la culture, la politique et l’économie locales aux limites naturelles des bassins versants. Il est motivé par l’idée de rassembler les gens afin de former une coalition, un fonds et une main-d’œuvre provinciaux, potentiellement inspirés de la :

…mais adaptés au contexte albertain. Il aimerait aussi voir émerger des modèles de type « pollueur-payeur » pour la restauration des bassins versants; une compréhension publique des liens entre eau et climat (en français); et une reconnaissance des droits de la nature au sein des bassins versants. Il croit que les humains peuvent jouer un rôle dans la guérison des bassins versants, en commençant par les moments « eurêka! » qui naissent du contact direct avec la terre.

Si vous vivez en Alberta et que vous travaillez sur les enjeux liés à l’eau – ou que vous souhaitez simplement en apprendre davantage sur le Groupe de travail sur l’eau de l’AEN – n’hésitez pas à les contacter par courriel.

À propos de Rebekah Kipp

Responsable des communications pour le réseau Nos eaux vitales : mère, championne de l’eau douce, amatrice des balades à la plage et adepte de l’origami

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